samedi 7 mars 2015

LE FÉMINISME DE LA FÊTE DU 08 MARS ET CELUI DU QUOTIDIEN ...


J'attends le 8 mars crispée à l'avance. Le féminisme devenu une autre grosse business de la Fââââmme fait un retour en force.

En 2007, lorsque je fondais le Musée de la Femme, la pertinence de ce type d’institution relevait de l’inusité… l’égalité était alors considérée en boîte, réglée m’avait-on soufflé. Aujourd’hui c’est le déluge, féministes par ci, féministes par-là, féministes coûte que coûte…C’est open... Même plus peur ! Merci d’avance.

Le 08 mars politically correct, commercial, évènementiel et tendance s’inscrit dans cette instantanéité où un drame chasse l’autre, à l’image du phénomène assourdissant Bring back our girls, dénoncé sur les réseaux sociaux puis étouffé. Puis il y a eu le bris des silences … puis plus rien, rien que des murmures et des célébrations. Et pendant que nous nous congratulons ainsi de nos avancées yoyo sur fond de silence radio, il y a l’infini flots de reculs, des viols non résolus tout près de chez nous, des disparitions de femmes amérindiennes trop démoralisantes pour être audibles …

Vivre le féminisme est plus qu’un like, un tweet, un discours, un party de filles ou une banderole. C’est une démarche intégrée, cohérente qui « dépassent largement les droits et les revendications [1]» et qui amène à voir.

Toute révolution est due à une élévation des aspirations

Se gargariser de l’histoire des femmes et non du désir d’égalité hommes-femmes, sur fond de nostalgie du chemin parcouru, est-ce là donc le prix de l’égalité hommes-femmes ?

Toute révolution est due à une élévation des aspirations. Au-delà du label féministe, de la féminisation des noms de métiers, de la journée sans maquillage et des cupcakes à l’effigie de la cause, la violence faites aux femmes peine à se financer : en matière de condition féminine, le prisme du cercle de la violence n’est familier aux  professionnels (lles)  de la politique au féminisme fragmenté et aux entreprises au féminisme édulcoré que comme étant rien qu’un cercle.

Le désir d’égalité hommes-femmes ne peut s’instrumentaliser : il est là chaque matin où les ressources pour les femmes sont précaires, mises à mal ou inexistantes.

Désir ou comédie?

À force de vouloir faire du capital sur le dos du féminisme, on tire en l’air !  Au-delà des célébrations huitmars-nesques, l’atteinte de l’égalité ou mieux, la conscience de l’atteinte de l’égalité reste encore un défi : la prise de conscience impliquant indubitablement une réflexion sur soi.  Kant soutenait que la puissance de réflexion qu’est la conscience (propre au sujet pensant) élève l’homme « infiniment » au-dessus de tous les autres êtres vivants. L’inconscience, dans cette perspective, irait de pair avec l’irresponsabilité morale. Elle signalerait la faiblesse ou la déficience de la volonté.

Le Musée de la Femme situé à Longueuil a comme ambition d’être à la hauteur de la contribution des femmes. Il préconise une attitude participative versus une attitude contemplative. Le musée, comme institution est donc un « lieu hautement politique[2] ». Il donne à voir, il raconte une histoire : celle qui « amène à voir » comment les politiciens et les partenariats tentent de remodeler le musée. Pour Roland Arpin, le musée se doit de faire la différence entre la fonction politique du musée et l’action politique : le musée comme acteur social a pour mission de diffuser, d’informer, d’éduquer, de conserver... mais pas la voie politique[3]. Il existe donc un enjeu de proximité qui se traduit par la participation de la communauté : une audience et une démarche qui permet tout au long des étapes de l’enracinement du Musée de la Femme dans la collectivité, d’enclencher la réflexion sur l’évolution de la condition féminine, le renforcement du leadership des femmes, le genre, les constructions sociales, le destin  «probable », pour faire de l’Histoire.

Une solidarité plus que nécessaire

Désirer l'égalité entre les femmes et les hommes nécessite une honnêteté intellectuelle doublée d’une vigilance psychique, c’est-à-dire éveil et attention. Elle implique la prise en compte d’une de ces questions transversales qui croisent toutes les autres discriminations. Qu’elles soient liées à l'origine, au handicap, à l'âge, à l'orientation sexuelle... et à l'ensemble des questions politiques et sociales, que ce soit l'emploi, la pauvreté, le logement, les violences, la culture, l'aménagement du territoire…

Le mouvement féministe a une histoire : «[en] la femme se recoupent l'histoire de toutes les femmes, son histoire personnelle, l'histoire nationale et internationale [4]». La transmission de nos récits croisés requiert une aptitude à revenir régulièrement au point d'ancrage. Il est temps pour les femmes de miser sur la force du NOMBRE. Le féminisme est capital et non un capital !

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Le Musée de la Femme est le 1er au Canada et 8ième sur plus 45 Musées de femmes dans le monde. Il contribue au renforcement du leadership des femmes et vous plonge au cœur de la vie des femmes du Québec de 1617 à nos jours. www.museedelafemme.qc.ca




[1] Bourcier, M.-H. et Moliner, A. (2012). Comprendre le féminisme. Montréal : Max Milo Editions.


[2] Martinache, I. (2008). Les musées, lieux hautement politiques. La Vie des idées. Récupéré de http://www.laviedesidees.fr/Les-musees-lieux-hautement.html.


[3] Arpin, R. (1999). La fonction politique des musées. Montréal : Les Éditions Fides.


[4] Cixous, H. (1975). Le Rire de la Méduse (pp. 39-54.).  L'Arc, 6.


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